Les calanques de Marseille imposent une réservation l’été pour certaines criques, Venise fait payer une contribution à des visiteurs à la journée, des plages de Thaïlande ferment des mois entiers pour laisser les coraux se reconstituer. Ces mesures, encore rares il y a quelques années, montrent une réalité simple : certains lieux ne supportent plus d’être visités sans règles. Voyager durablement ne signifie pas renoncer à partir, mais changer quelques habitudes, avant et pendant le séjour.
Le trajet, premier levier d’impact
Choisir son mode de transport
Dans la plupart des voyages, le transport représente la part la plus importante de l’empreinte carbone, loin devant l’hébergement ou la restauration. L’avion, surtout sur de courtes distances, est nettement plus émetteur que le train. En France, la loi Climat et résilience a conduit à interdire certaines lignes aériennes intérieures lorsqu’une alternative en train de moins de deux heures trente existe. Pour les séjours en Europe, les trains de nuit et les liaisons à grande vitesse offrent désormais des options crédibles. Des outils publics, comme le simulateur Impact CO2 de l’Ademe, permettent de comparer les modes de transport avant de réserver.
Partir moins souvent, rester plus longtemps
Un long séjour remplace avantageusement plusieurs escapades lointaines. Il laisse aussi le temps de découvrir une région en profondeur, de dépenser dans les commerces locaux et de sortir des quelques sites saturés. Pour les destinations de proximité, la combinaison train et vélo permet de voyager lentement sans renoncer au confort. Voyager hors saison produit un effet comparable : les sites respirent, les habitants aussi, et les prix baissent souvent.
Sur place, respecter des lieux fragiles
Jauges et réservations
Dans le parc national des Calanques, l’accès à certaines criques très fréquentées, comme Sugiton, est soumis à réservation gratuite en haute saison. À Venise, à la date de rédaction, une contribution d’accès s’applique certains jours aux visiteurs qui ne passent pas la nuit sur place. D’autres sites, parcs naturels ou monuments, fonctionnent par créneaux horaires. Vérifier ces règles avant de partir évite une mauvaise surprise et contribue à étaler la fréquentation. À Barcelone ou à Amsterdam, les municipalités encadrent aussi les locations touristiques de courte durée, pour préserver le logement des habitants.
Sous l’eau, ne rien toucher
Les récifs coralliens sont particulièrement sensibles au piétinement, aux ancres et à certains filtres solaires. Hawaï a interdit depuis 2021 la vente de crèmes contenant de l’oxybenzone et de l’octinoxate, suspectés de nuire aux coraux. Sans attendre la réglementation, porter un tee-shirt anti-UV, ne jamais se tenir debout sur un récif et ne rien prélever sont des gestes efficaces. En plongée ou en randonnée palmée, maîtriser sa flottabilité et garder ses palmes à distance du fond protège les organismes fixés.
Dormir et manger local
Côté hébergement, des labels comme la Clef Verte ou l’Écolabel européen signalent des établissements engagés sur l’eau, l’énergie et les déchets. Ils ne garantissent pas tout, mais donnent un premier repère. Sur beaucoup d’îles, l’eau douce est une ressource rare : écourter les douches et réutiliser ses serviettes n’a rien d’anecdotique. Pour trouver des destinations moins fréquentées et des idées de séjours plus lents, le magazine AlloVoyages et ses idées d’escapades responsables offre une bonne source d’inspiration. Faire appel à des guides locaux pour les excursions permet aussi aux revenus du tourisme de rester dans la région visitée. Manger dans des restaurants qui travaillent les produits de la région et éviter les activités impliquant des animaux sauvages captifs complètent ces choix.
Les sept principes du « sans trace »
Popularisés par l’organisation américaine Leave No Trace, sept principes servent de référence aux randonneurs et s’appliquent à bien d’autres voyages :
- préparer son itinéraire et se renseigner sur les règles locales ;
- marcher et camper sur des surfaces durables, en restant sur les sentiers ;
- gérer correctement ses déchets, en les remportant ;
- laisser en place ce que l’on trouve : pierres, plantes, coquillages, vestiges ;
- limiter l’impact des feux, voire s’en passer ;
- respecter la faune, l’observer à distance et ne jamais la nourrir ;
- rester respectueux des autres visiteurs et des habitants.
En montagne comme sur le littoral, rester sur les sentiers balisés protège une végétation qui met parfois des années à repousser. Ces principes rejoignent des habitudes du quotidien : réduire le plastique jetable, emporter une gourde, trier ses déchets. Pour ceux qui veulent aller plus loin chez eux aussi, les clés d’une vie éco-responsable détaillent des gestes simples à adopter.
Chaque geste paraît modeste, mais multiplié par des millions de visiteurs, il change l’état d’un site. Le tourisme durable n’a rien d’un idéal inaccessible. Il repose surtout sur de l’anticipation, un peu de curiosité pour les règles locales et l’envie de laisser un lieu dans l’état où on l’a trouvé, pour que d’autres puissent le découvrir à leur tour.
